C’est l’incertitude commerciale plus que leur ampleur qui constitue le principal risque découlant des nouveaux droits de douane américains.

Chris Koltek - 27 août 2026

Le 22 août, les États-Unis ont imposé des droits de douane de 50 % sur près de 20 milliards de dollars de produits canadiens, ce qui représente environ 5 % des exportations du Canada vers les États-Unis.

C’est l’incertitude commerciale plus que leur ampleur qui constitue le principal risque découlant des nouveaux droits de douane américains.

Le 22 août, les États-Unis ont imposé des droits de douane de 50 % sur près de 20 milliards de dollars de produits canadiens, ce qui représente environ 5 % des exportations du Canada vers les États-Unisi. Ces droits de douane visent les véhicules automobiles, les boissons alcoolisées et les produits laitiers, ainsi que certains secteurs de moindre taille, notamment les meubles, le ciment, les vêtements et les équipements de pêche et de hockey. La potasse, l’énergie et les minéraux critiques ont généralement été exclus des nouvelles mesures.

Le Canada a réagi en imposant des mesures de rétorsion équivalentes, dollar pour dollar, qui entreront en vigueur le 8 septembre et viseront notamment l’acier, les produits laitiers et l’équipement agricole en provenance des États-Unis.

Répercussions pour le Canada

Bien que les secteurs touchés revêtent une importance considérable dans certaines régions et collectivités, les nouvelles mesures ne s’appliquent actuellement qu’à une faible proportion des exportations totales du Canada vers les États-Unis et à une part encore plus modeste de l’activité économique canadienne dans son ensemble. Cette distinction est importante, car les manchettes peuvent souvent laisser croire à des répercussions généralisées sur l’ensemble de l’économie, alors que les effets directs réels pourraient s’avérer beaucoup plus limités.

Pour le Canada, des droits de douane visant environ 5 % des exportations annuelles vers les États-Unis demeurent gérables à l’échelle de l’économie. Toutefois, les répercussions pourraient être importantes pour les secteurs et les entreprises concernés, particulièrement si leurs activités dépendent fortement de la demande américaine.

Les entreprises des secteurs visés dont une grande partie des ventes est réalisée sur le marché américain subiront un impact direct sur leurs ventes aux États-Unis. La baisse des volumes d’exportation, l’amenuisement des marges bénéficiaires et le recul des investissements comptent parmi les conséquences probables pour les entreprises dont le modèle d’affaires dépend fortement de la demande américaine. Si ces pressions persistent, elles pourraient entraîner des réductions d’effectifs dans les secteurs touchés, en particulier au sein des entreprises qui ne sont pas en mesure de diversifier leurs activités vers d’autres régions ou secteurs.

Même les entreprises qui n’appartiennent pas directement aux secteurs visés pourraient subir des effets indirects découlant de perturbations des chaînes d’approvisionnement, de l’évolution du coût des intrants et de changements dans les tendances de demande des consommateurs.

Les nouveaux droits de douane soulèvent également d’importantes questions quant à la suite des choses, non seulement pour les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis, mais aussi pour les autres pays qui négocient des accords commerciaux avec les États-Unis.

L’incertitude entraîne un coût économique distinct et souvent plus persistant que le taux des droits de douane mêmes. Lorsque les règles qui régissent une relation commerciale deviennent incertaines, les entreprises de part et d’autre de la frontière ont tendance à reporter leurs décisions d’investissement jusqu’à ce que la situation se clarifie : un projet d’agrandissement d’usine est mis sur la glace, un contrat avec un fournisseur est écourté plutôt que renouvelé, ou un plan d’embauche est repoussé d’un autre trimestre. Ces retards agissent en pratique comme une taxe sur l’allocation du capital, puisqu’ils découragent les investissements et réduisent la capacité de production future. En pratique, le coût économique peut être mesuré par des projets reportés, des installations qui ne sont jamais construites et des améliorations de la productivité qui ne se matérialisent pas.

Les précédents différends commerciaux, y compris les épisodes antérieurs de tensions tarifaires entre le Canada et les États-Unis, ainsi que le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine en 2018, ont démontré que les marchés s’ajustent généralement plus rapidement que les investissements des entreprises. Les marchés des capitaux ont tendance à intégrer rapidement les annonces tarifaires dans les cours, tandis que les dépenses en immobilisations, les plans d’embauche et les ajustements des chaînes d’approvisionnement se déploient souvent sur plusieurs trimestres, voire plusieurs années.

Trois scénarios possibles pour la suite

  • Le premier est celui d’une désescalade négociée. Les discussions reprendraient, certains droits de douane seraient supprimés ou feraient l’objet d’exemptions, et tant le Canada que les États-Unis pourraient revendiquer une victoire. Les marchés accueilleraient vraisemblablement favorablement cette issue. Toutefois, elle ne suffirait pas à effacer les tensions et l’incertitude engendrées au cours de la dernière semaine.
  • Le deuxième scénario prévoit le maintien des droits de douane et des contre-mesures tarifaires. Les deux pays conserveraient les mesures actuellement en place, tandis que des exemptions sectorielles seraient négociées de façon ponctuelle plutôt que dans le cadre d’un règlement global. À notre avis, il s’agit de l’issue la plus probable au cours des prochains trimestres.
  • Le troisième scénario correspond à une escalade généralisée du conflit commercial. De nouveaux droits de douane seraient imposés, l’examen de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) pourrait être entraîné dans le différend et des recours judiciaires viendraient ajouter un risque juridique au risque économique déjà présent. Il s’agit là d’un scénario extrême et non notre scénario de base. Néanmoins, il ne peut être écarté, surtout à l’approche des mesures de représailles prévues pour le 8 septembre, qui augmentent le risque d’une succession de mesures et de contre-mesures entre les deux pays.

Considérations pour les portefeuilles de Gestion de placements Canada Vie

En ce qui concerne les actions, nos portefeuilles gérés demeurent légèrement sous-pondérés en titres canadiens par rapport à leur indice de référence. Nous estimons que les sociétés canadiennes dont les revenus dépendent moins du marché américain, qui disposent d’un plus grand pouvoir d’établissement des prix et qui sont moins tributaires des chaînes d’approvisionnement transfrontalières sont généralement mieux placées pour composer avec une période prolongée de frictions commerciales liées aux droits de douane. Dans ce contexte, la sélection des titres et des gestionnaires devrait jouer un rôle déterminant dans l’atteinte des rendements à venir.

Du côté des titres à revenu fixe, les obligations de premier ordre continuent de contribuer à la stabilité de nos portefeuilles diversifiés. Par contre, les risques d’inflation liés aux droits de douane, qui s’ajoutent à des taux de rendement déjà élevés, justifient une attention soutenue à la gestion de la duration ainsi qu’au maintien d’une diversification mondiale adéquate. Les écarts de taux demeurent également relativement étroits, ce qui exige une approche rigoureuse à l’égard de l’exposition aux obligations de sociétés.

En tant qu’équipe, nous surveillerons notamment les annonces de droits de douane ou d’exemptions, la mise en œuvre des droits de douane prévus pour le 8 septembre, l’évolution des écarts de rendement entre le Canada et les États-Unis ainsi que les rendements relatifs des marchés boursiers canadien et américain.

Le principal défi pourrait toutefois ne pas résider dans la construction des portefeuilles, mais plutôt dans la capacité à faire la distinction entre les manchettes à court terme et les résultats de placement à long terme. Les différends commerciaux peuvent susciter une attention considérable de la part des marchés et des médias, sans nécessairement modifier les perspectives de placement à long terme.

Les nouveaux droits de douane sont importants, mais leurs effets indirects pourraient avoir davantage d’incidence que leur impact initial. Les marchés peuvent généralement s’adapter à des coûts tarifaires plus élevés lorsque les règles du jeu sont clairement établies. Ils éprouvent toutefois davantage de difficultés lorsque ces règles continuent d’évoluer et demeurent imprévisibles.

L’histoire démontre que c’est souvent l’incertitude, plus que le taux des droits de douane mêmes, qui laisse les traces les plus durables sur l’investissement, la productivité et la croissance économique. Nous croyons que le principal risque n’est pas simplement une atténuation des échanges commerciaux, mais aussi un ralentissement des investissements, une plus faible croissance de la productivité et une hausse du coût du capital découlant d’une incertitude politique

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